Alain Bénédictus

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Formules de debut

  • Il y a en Bretagne un homme très vieux qui vit au bord de la mer dans une petite maison. Derrière la maison il y a un puit et un grand arbre. Tous les oiseaux de passage se posent sur une de ses branches ou survolent la margelle du puit. Ils se penchent alors vers le bord pour raconter au plus profond de l’eau ce qu’ils ont vu et entendu pendant leur voyage. Et quand notre homme remonte son seau, il puise aussi dans le tonneau sans fond du temps toutes les histoires du monde. Ce jour là, il est derrière sa fenêtre et regarde l’étendue infinie de la mer , grise, verte et bleue, la mer qui la nuit s’éveille, appelle et dit à ceux qui l’écoute qu’autrefois elle était aussi douce…
  • L’autre jour je me trouvais en voyage et la fatigue m’est tombée dessus sans crier gare, alors je me suis installé sous un arbre. J’avais oublié mon sac à côté de moi et mon sac c’ est ouvert tout seul et dans cet arbre il y avait des fruits dont vous ne sauriez imaginer ce que c’est. Quand je me suis réveillé, il y avait ces fruits dans mon sac et ce sont ceux là que je vous propose maintenant. Vous trouverez peut être qu’ils ont un drôle de gout, vous me direz que vous n’avez jamais gouté de ces fruits là, mais ce sont des fruits de sagesse. Moi j’aime la sagesse, mais j’aime surtout la vérité. Quand on ne dit pas la vérité, alors on ment, ce n’est pas cent fois le jour mais souvent. Il y avait une fois…
  • Dans les temps anciens alors que les miracles étaient aussi courants que les baptêmes et les enterrements…
  • Je vais vous dire un conte aimable, vous le croirez il est croyable , il n’ y a dedans rien de faux, sinon peut être un ou deux mots.
  • C’était quand? C’était où? Je ne sais plus et peu importe. La mer toujours recommence, et toujours elle reste la même.
  • Peut-être avez-vous déjà entendu des bruits sourds près des ruisseaux, la nuit, comme des coups de battoir sur le linge. Alors, passez votre chemin bonnes gens, et ne cherchez pas à savoir d’où vient ce bruit et écoutez plutôt mon histoire.
  • Pour faire une histoire, il faut prendre sur le bord du chemin : une grande poignée de terre de mensonges, avec les doigts on fait un trou. On y place trois graines de vérité. On la roule comme une boule. Elle brille comme une bille. L’histoire est là… Et voilà!
  • Messieurs et dames si je dis bonsoir c’est parce qu’il ne fait pas jour et si je dis pas bonne nuit c’est auquel-que la nuit sera blanche ce soir comme la blanche biche dans son mauvais samedi-chasse et plus blanche même qu’ un être sans soleil flottant au crépuscule par dessus le mitan d’une rivière.
  • On me demande s’il m’est resté dans ma bourse quelques pièces de deux sous du temps jadis. Ma foi, oui. Soupesez celles ci!
  • Si je vous conte aujourd’hui l’histoire réjouissante du cimetière des borgnes(1) ça n’est pas que je cherche à vous amuser avec le champ du silence ou l’on entend pas beaucoup de paroles inutiles et encore moins de rires; Ni à faire la moindre moquerie à l’égard de ceux à qu’il est arrivé de perdre un œil au cours de leur vie, hélas, alors qu’il aurait mieux valu que certains autres perdissent leur langue puisque celle ci ne leur sert qu’à bavarder à tort et à travers. Aussi bien vous aurais je inventé un conte sur le verger des boiteux ou le manoir des grinchus, par exemple, mais ceci n’est pas un conte. Il n’y a pas lieu de tourner la vérité en farce comme gémissait le chien d’Alain Le Goff quant il était en proie au mal de dents.
  • Au temps dont je vous parle…
  • Il y avait une fois, quelque part en Bretagne, un… Ne me dites pas que ce n’est pas vrai! C’est Jos Scuiller de la paroisse de Treguennec, qui m’a conté son histoire. Et si l’on me donnait à choisir entre une seule parole de Jos Scuiller et les charretées de papier noirci qui sont conservées à Quimper, dans la grande maison des archives, je mettrais le feu à toutes cette encre. Ne me demandez pas non plus ou habitait… Il habitait partout où on parle breton! Vous êtes contents maintenant!
  • La vérité, quant elle a beaucoup vieilli, prends les couleurs de la légende. Mensonge tout frais du jour sera peut être vérité de demain. C’est pourquoi, je vous le demande, n’allez pas vous soucier de ce qu’il y a de vrai ou faux dans l’histoire de Petit Joseph au Paradis (1). Sur l’escabeau, je monte pour vous conter le conte. Je frappe sur le trépied avec le bâton a bouillie pour réveiller le temps passé. Ce n’est pas de Jean XVII qu’il sera question, celui qui mettait XVIII pour faire XIX et qui fut le roi des jeannots de toute farine, mais de Jean Filou son cousin à lui. Si je mets dehors la moitié d’un mensonge, Jean se lèvera lui même de la suie pour me faire rougir si bien l’autre face, que mon pantalon prendra feu sous moi. Amen.
  • Il y a eu un jour, ceci se passait autrefois, il y a eu un jour….
  • Au temps où je vous parle et qui a été avalé par le soleil des loups depuis belle lurette…
  • Il était une fois…
  • Au temps jadis…
  • Une fois il y avait, une fois il y aura…
  • Voici ce qui fut ici, cela sera ou ne sera pas…
  • Plus je vous en dirai, plus je mentirai et je ne suis pas payé pour vous dire la vérité…